mardi 13 janvier 2009

Judith Bellavance


Judith Bellavance
Artiste en résidence * Artist in Residence

Le parti pris du point de vue

« À partir d’objets investis, sublimés et magnifiés par la photographie, je crée une distance entre le réel et ce que l’on en perçoit, puis j’utilise cet espace interstitiel pour générer des univers émotionnels me permettant d’aborder la subjectivité des points de vue. »

Depuis une vingtaine d’années, je pratique une peinture que nous pourrions qualifier d’abstraite (acrylique sur bois). En parallèle à ma pratique picturale, j’ai développé, une pratique photographique qui me permet d’aborder autrement la fascination qu’exercent sur moi les objets et le plaisir de les détourner de leur sens. Avec les possibilités que m’offrent le médium photographique et l’impression numérique de grand format dans mon processus de recherche, je peux insister sur les moyens de manipuler et de privilégier des points de vue sur ces objets pour en faire le sujet de l’œuvre.

Je collectionne les objets, des « objets-matériaux » (bouchons, noyaux, mousses, découpures, icônes, breloques, etc.). Marqués, maculés, altérés, ils constituent mon territoire de recherches photographiques. Peu encline à compromettre leur nature déjà chargée d’histoire et de qualités visuelles, je préfère les appréhender comme des artefacts inaltérables : je me les approprie tels qu’ils sont, fascinée par leur singularité et le pouvoir évocateur que chacun d’eux possède.

Dans la pratique, je multiplie les prises de vue en atelier jusqu’à ce que j’obtienne une exacerbation significative de leur nature et du sens dont je veux les charger : celui d’appeler et de contenir nos émotions réelles ou fictives. Utilisés comme métaphores des conjonctures intérieures, comme lieux d’investigation de l’intime, je détourne mes “objets-matériaux” de leur contexte narratif par mon système de prise de vue macroscopique, par l’usage de l’extrême proximité et de la distance intime.

Et en modifiant la luminosité, en éliminant le relief et la texture au moyen du flou - du hors foyer - je cherche à créer une distance entre le réel et sa perception pour mettre en scène une expérience particulière de l’intime. Ces éléments collectionnés, et a priori sans valeur, prennent ainsi toute leur importance pour moi: ils se révèlent “autres” dans leurs apparences sublimées, ils deviennent le lieu de l’émotion me permettant de faire de la subjectivité du point de vue, le sujet de l’œuvre.

Investis, sublimés, magnifiés, mes «objets-matériaux» sont transformés ainsi en éventuelles « reliques ».

Née à Rimouski, Judith Bellavance vit et travaille à Montréal depuis 1989. Elle a fait des études à l’Université Laval à Québec et à l’Université du Québec à Montréal. Boursière du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada, ses oeuvres ont été présentées au Québec, au Portugal, en Espagne et au Japon. Elles font partie de diverses collections.

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Judith Bellavance

Taking the side of the point of view

"Starting from objects that are invested, sublimated, and magnified by photography, I create a distance between the real and what we perceive of it, then I use this interstitial space to generate emotional worlds that enable me to address the subjectivity of points of view."

For some twenty years, my painting practice has been what one could call abstract (acrylic on wood). In parallel, I have developed a photographic practice that enables me to take a different approach to the fascination that I have with objects and the pleasure of diverting them from their meaning. With the possibilities offered by the photographic medium and large-format digital printing in my research process, I can emphasize the means of manipulating and highlighting the points of view of these objects to make them the subject of the work.

I collect objects: "object-materials" (corks, seeds, mosses, cut-outs, icons, bracelet charms, etc.). Marked, stained, altered, they constitute my territory for photographic research. I am not inclined to compromise their nature, already full of history and visual qualities, so I prefer to apprehend them as unalterable artefacts: fascinated by their uniqueness and the evocative power that each possesses, I appropriate them as they are.

In practice, I take many pictures in the studio until I obtain a significant exacerbation of their nature and of the meaning with which I want to endow them: that of calling upon and containing our real or fictive emotions. Using my "object-materials" as metaphors for inner situations, as sites of investigation of the private, I divert them from their narrative context by my system of macroscopic pictures, through the use of extreme proximity and intimate distance.

By modifying their luminosity and eliminating relief and texture through blurring - out of focus - I seek to create a distance between reality and its perception to feature a particular experience of the intimate. These collected components, which have no value a priori, thus become important to me; they reveal themselves as "other" in their sublimated appearance, they become the site of the emotion that enables me to make the point of view subjective, the subject of the work.

Invested, sublimated, magnified, my "object-materials" are thus transformed into future "relics."

Judith Bellavance, born in Rimouski, has lived and worked in Montreal since 1989. She studied at Université Laval in Quebec City and at the Université du Québec à Montréal. Her works have been presented in Quebec, Portugal, Spain, and Japan, and are in various collections.

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