mercredi 20 janvier 2010

Jacinthe Loranger

Jacinthe Loranger
Artiste en résidence / Artist in Residence
English follows

Dans mon travail, je m’approprie des symboles et des archétypes culturels, en les remodelant de façon à créer une réflexion sur notre société contemporaine. Je dessine dans l’esprit des artistes de genre “camp”, particulièrement pour l’usage qu’ils font de l’ironie et du mimétisme comme manière de tourner en dérision les valeurs de la classe moyenne et le mauvais goût. Je recrée ma propre mythologie qui découle d’un collage d’influences culturelles. Mes oeuvres narratives ont pour décor un univers psychédélique où se produisent des rencontres improbables entre l’art amérindien, les hiéroglyphes de l’Égypte ancienne, la culture “trash” et des fantasmes personnels que j’utilise comme outil critique. Je crée des environnements oniriques qui invitent le spectateur à pénétrer dans un monde ésotérique de pacotille. En plus de démontrer la structure sociale des valeurs et formes dominantes, l’art est aussi un véhicule pour la création de mondes meilleurs et plus viables. En révélant le kitsch dans le quotidien, je construis des scénarios qui invitent le spectateur à formuler sa propre trame narrative.

Depuis la dernière décennie, la sérigraphie et l’installation font partie intégrante de ma pratique artistique. J’aborde à travers ces mediums les absurdités sociales dans lesquelles nous baignons. Dans chacune de mes oeuvres, j’introduis le spectateur à un monde onirique. Non seulement le rêve permet-il un accès direct au subconscient sans les interférences du quotidien, sans frontière et sans tabou, mais il permet de transgresser toutes les règles sans responsabilité.

Au Centre SAGAMIE, je complète actuellement un projet qui consiste en une série d’autoportraits sous la thématique d’Alice au pays des merveilles. Le pays décrit dans le conte questionne sans cesse la logique. Alice se voit confrontée au paradoxe, à l'absurde et au bizarre. Comme enfant, elle ne remet pas en question ces situations irrationnelles, mais évolue plutôt naturellement à travers celles-ci. Sa naïveté la rend ouverte d'esprit au manque de cohérence, à la folie. Mais qu’en serait-il d’une Alice adulte? Voici le point de départ du projet dans lequel j’incarne Alice, maintenant adulte, dont la raison rencontre le pays des merveilles. Alice, autrefois ouverte à la magie, est maintenant engluée dans une routine et son regard cartésien, sur la réalité la rend impermeable à l’incroyable et au merveilleux. Cette suite au conte d’Alice au pays des merveilles devient une métaphore de notre propre société.

Bien que depuis 10 ans ma pratique artistique soit essentiellement concentrée sur les arts d’impression, mes derniers projets m’ont amenée à explorer l'installation. Le passage du bidimensionnel au tridimensionnel a enrichit mon travail à plusieurs niveaux. Entre autres, l'utilisation de l'éclairage, du son et de l'espace m'ont permis d'immerger totalement le spectateur dans mon univers onirique, faisant de lui un acteur du récit. Le fait d'intégrer des personnages bien vivants dans mon imagerie picturale m'a amenée à concevoir ce projet de My own private Dante’s Disneyland.

Jacinthe Loranger vit à Montréal et travaille à l'atelier 100 Sided Die. Elle est diplômée d'un bac en arts visuels à l'UQÀM depuis 2001. Elle a créé plusieurs livres d'artistes et installations où la sérigraphie est explorée sous toutes ses formes. Depuis les huit dernières années, elle a effectué plusieurs résidences d'artistes au Canada et en France, notamment au Dernier Cri. Cette année, elle a réalisé une résidence de création de trois mois à l'atelier d'estampe Imago (Moncton, NB) et a présenté une exposition solo intitulée "Pac-Man vs Agaguk" à la Galerie Sans Nom (Moncton, NB), ainsi qu'aux Ateliers Presse-Papier (Trois-Rivière, QC).

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Jacinthe Loranger / Artist in Residence

My work revolves around the appropriation and transformation of cultural archetype and symbols as a vehicle for social commentary. My drawings borrow from “camp” artists, exploring their ability to apply irony to middle class values and its often associated questionable tastes. Such appropriation has allowed me to create my own mythology, one derived from the improbable melting pot of native and inuit symbolism, Egyptian hieroglyphics, Atari 6000, and trash influenced fantasies. It is within this mindset that I create environments bordering on the mystical and the dreamy. It is in the creation of this esoteric world, a world where I reveal the kitsch often found in the quotidian, that I invite my spectator to use art as a vehicle to formulate their own narrative.

For 10 years now, my artistic focus has been on printmaking, more specifically silkscreen. My practice mostly consists of exploring other facets of the print, pushing the boundaries of the habitual or the expected by incorporating printmaking in room installations. By approaching printmaking in this manner, it allows me to introduce forms and 3D structures, adding tangibles and validity to the dream worlds I am presenting. The notion of dreams in my work is predominant. Not only do dreams allow direct access to the subconscious without interference, borders or taboo, it also allows a transgression of all rules and responsibilities, thus providing the observer with limitless interpretation of the installation before them..

My project consist of a series of self portraits under the guise of Alice in Wonderland. By appropriating the fable’s rich theatricality, I insert myself as both actress and cinematographer.

My own private Dante’s Disneyland
The world presented in Carroll’s fable continuously questions logic. Alice is confronted with contradiction, the absurd and the bizarre. Childlike, she does not question the irrationality which is before her, but rather evolves naturally through series of illogical events which she confronts with a joyous curiosity. Naïve, she absorbs what she sees even though what is before her is at times incoherent and nears folly. How would adult Alice navigate through the same world? By incarnating Alice, I am confronting the epicenter of this fantasy with reason. Once opened to the incredible and magical, Alice’s incarnated reality, one which is drenched in routine and Cartesian outlook, makes her unsusceptible to the world imagined by Carroll. By continuing where Wonderland ended, I intend to link Alice’s environment metaphorically to our society.

Though my main focus for the past decade has been on printmaking, my most recent work has gyrated towards installation. My work has benefited from exploring three dimensional work, sound, space and lighting. It has allowed me to completely immerse both myself and the spectator in my personal “wonderlands”.

Jacinthe Loranger lives in Montreal and works at the 100 Sided Die Studio Co-Op. She obtained a B.A. in visual arts at UQÀM in 2001. She has made many artists books and installations where silkscreening is explored in all its possibilities. In the past eight years, she has done many artist residencies in Canada and France, notably at Dernier Cri. She has just finished a 3-month residency at Imago Printmaking Studios (Moncton, NB) and presented a solo exhibition entitled "Pac-Man vs Agaguk" at Galerie Sans Nom (Moncton, NB), as well as at Ateliers Presse-Papier (Trois-Rivière, QC).

mardi 12 janvier 2010

Lucie Duval

Lucie Duval
Artiste en résidence / Artist in Residence
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L’exposition Mainmises présentée à Montréal en mai 2006, s’est développée autour d’un objet usuel suscitant chez moi diverses réflexions. Gants pour travailleurs " made in China " retrouvés en paquet dans toutes les quincailleries. Mondialisation oblige, tout se fabrique à moindre coût en Chine au détriment des travailleurs d’ici. L’objet devient contradictoire : gants de travailleur (faits en Chine) versus chômeurs d’ici.

Toujours à partir de ces gants de travailleurs, une série de cent cinquante lapins. La forme du gant se prêtant particulièrement bien à celle du lapin. Ce dernier étant très prolifique, il devient en quelque sorte un symbole de la reproductibilité : de la productivité à la reproductibilité. Il y a quelque chose du travail à la chaîne, de la quantité produite, et de mon rendement à les fabriquer, à les personnaliser. Combien de lapins différents en utilisant toujours les mêmes matériaux : gant, molleton et fil ? Ils sont faits main, donc tous différents : par leur forme, leur caractéristique, leur personnalité…

Ces cent cinquante lapins, ont été faits au rythme d’environs : un par jour. En plus de ce qui a été écrit sur ma motivation, une chose nouvelle est apparue. Inconsciemment le lapin fabriqué tel jour, révèle quelque chose de mon état à ce moment, de mon regard sur le monde. Journal de bord.

Dans l’atelier, toujours un peu plus nombreux, ces lapins ont tissé des liens. Des rumeurs sourdent, des histoires s’en suivent.
Je retrouve donc ce qui a toujours motivé ma démarche : mettre en relation images (ou objets) et mot(s).

La publication en préparation au Centre SAGAMIE, n’est pas un catalogue, mais un objet où les images et les mots vont s’entrecroiser, non sans chocs, où un soin particulier est apporté à la façon de " donner à voir ". Ne jamais oublier que ces lapins sont en quelque sorte des mutilés. Sous une première apparence candide, naïve et doucereuse, il a fallu couper des doigts (ceux des gants), coudre, raccommoder (ce qui est non sans rappeler certaines conditions de travail dans les manufactures).

Ces lapins-nounours sont des lapins cicatrisés. Les mots en seront d’autant plus aiguisés. Des histoires à tirer par les oreilles !

Lucie Duval est née à Mont-Laurier. Elle vit et travaille au Québec. Elle a étudié à l’École des beaux-arts de Toulouse et a obtenu, en 1983, le Diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP). Son travail s’articule autour d’une interférence entre ce qui est lu et ce qui est vu, un parcours où les mots se jouent des objets et des images. Elle a exposé régulièrement en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Ses œuvres font partie de la collection de prêts d’œuvres d’art du Conseil des Arts du Canada et du Musée national des beaux-arts du Québec. Elle est représentée par la galerie Isabelle Gounod à Paris.

Elle prépare actuellement une exposition solo qui aura lieu au musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul du 29 mai au 11 septembre 2010 et fera également partie de l’exposition Femmes artistes, présentée au Musée national des beaux-arts de Québec, du 17 juin au 12 septembre 2010.

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Lucie Duval / Artist in Residence

The Mainmises exhibition presented in Montreal in May 2006 developed out of a simple everyday object which had set me to thinking about various matters. Workers’ gloves, made in China, are sold in packages in every hardware store. Now, thanks to globalization, everything can be produced more cheaply in China, to the consequent detriment of working people here. There is thus an underlying opposition contained within the object itself: workers’ gloves (manufactured in China) versus unemployed workers here.

These workers’ gloves then morphed into a series of one hundred and fifty rabbits. The shape of the glove lends itself quite well to the form of a rabbit. The latter being extremely prolific, it becomes a symbol of sorts for the act of reproduction: from productivity to reproductivity. There is something of the assembly line in the increasing volume of production and in my own output in producing them, endowing each one with its own personality. How many different rabbits can be made using the very same materials: gloves, fleece and thread? They are all hand-made, and thus differ from one another in their shapes, their characteristics, their personalities…

These one hundred and fifty rabbits were made at the rate of approximately one per day. Then, over and beyond my original stated motivation, a new, unexpected facet began to emerge. Each rabbit was a subconscious revelation of what my state of mind and my outlook on the world had been on the day it was produced. A sort of log book.

In the studio, these increasingly numerous rabbits began to form relationships. Rumors were started; full-blown tales ensued. I rediscovered something which has always been at the heart of my work: revealing the relations that exist between images (or objects) and word(s).

The book presently being prepared at the Centre SAGAMIE, is not a catalogue but rather an object in which images and words are interlaced, and sometimes collide. Particular attention has been given to the manner in which things can be perceived. It should be remembered that these rabbits are all in some way crippled. What is perceived at first glance, naively and sympathetically, required, in fact, that fingers be cut off (the gloves) and that things be sewn together and patched (resembling in this way certain factory working conditions).

These stuffed rabbits are scarred rabbits. The words they elicit will be all the more cutting. Stories to prick up your ears.

Lucie Duval was born in Mont-Laurier. She works and lives in Quebec. She studied at the École des beaux-arts de Toulouse. She obtained, in 1983, her Diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP). Her work, in which words are made to play off of objects and images, explores the relations and polarity between what is read and what is seen. Exhibitions of her work are presented regularly in North America, Europe and Asia. Her work is included in the Canada Council Art Bank and in the Collection du Musée national des beaux-arts du Québec. She is represented by the Isabelle Gounod Gallery in Paris.

She is presently preparing a solo exhibition to be presented at the Museum of Contemporary Art in Baie-Saint-Paul, from May 29 to September 11, 2010, and she will also participate in the Femmes artistes exhibition at the Musée national des beaux-arts de Québec, from June 17 to September 12, 2010.