mardi 27 janvier 2009

Marie-Hélène Leblanc et Ève Breton Roy

Marie-Hélène Leblanc et Ève Breton Roy
Artiste en résidence * Artist in Residence

Marie-Hélène Leblanc

J’ai le désir d’habiter. Habiter, c’est à mon sens être en relation, se sentir lié à un espace en rapport à d’autres occupants. C’est également remettre constamment en question notre position et cela révèle notre façon d’être dans le monde. Mon intérêt pour la construction architecturale vient évidemment de cette volonté d’habiter et de réfléchir sur l’habiter. En ce sens Heidegger nomme bien ceci : « Bâtir est, dans son être, faire habiter. Réaliser l’être du bâtir, c’est édifier des lieux par l’assemblement de leurs espaces. C’est seulement quand nous pouvons habiter que nous pouvons bâtir.» J’ai le sentiment que pour habiter il faut aussi savoir quitter, vivre en nomade pour me sentir chez moi après l’expérience d’un ailleurs. Vivre dans le transitoire, dans l’état de chantier permanent, interrompu, ou plutôt en attente. Habiter, c’est davantage se situer que s’établir. Changer de territoire. Mon travail prend forme dans l’installation, mais la réalisation d’un livre d’artiste accompagne souvent celui-ci.

Originaire de la Gaspésie, Marie-Hélène Leblanc vit et travaille à Gatineau. Elle s’intéresse à l’architecture, à l’habitation temporaire, aux proches et au lointain. Elle détient une maîtrise en art à l’Université du Québec à Chicoutimi. Marie-Hélène Leblanc est actuellement directrice artistique du centre d’artistes Daïmõn situé à Gatineau, un centre de production en photo, vidéo et nouveaux medias. De 2006 à 2008, elle occupait le poste de directrice générale du centre d’artistes Espace Virtuel à Chicoutimi. Elle a participé en tant que commissaire et/ou artiste à une dizaine d’expositions au Québec et en France. Ses derniers projets ont été présentés à Toqué Rouge (Jouquière) en 2007, à la galerie Séquence (Chicoutimi) en 2005, à l’Oeuvre de l’Autre (Chicoutimi) en 2005 et à la galerie Adeas (Strasbourg, France) en 2004.

Ève Breton Roy


Mon travail prend forme à travers l’objet du livre. L’objet du livre comme un organisme vivant, comme une unité de compréhension. Il utilise ses mécanismes, ses fonctionnements : strates, superposition, relation contenant contenu. Je tente de redéfinir ce qui nous entoure, d’inclure le sujet à la définition à travers l’objet du livre. Ce dernier est le moteur idéal puisqu’il permet, par son tirage, d’atteindre un grand nombre de gens, mais qu’il entretient avec chacun d’eux une relation intime et personnelle par la manipulation qu’il impose. C’est donc à travers une exploration de sa forme que je tente de définir certains concepts, amenant ainsi le livre à devenir ce concept et le spectateur à se l’approprier à travers sa lecture.

Eve Breton Roy vit et travaille à L’Anse-Saint-Jean où elle dirige Terrain vague inc., à la fois maison d’édition de livres d’artistes et atelier de reliure artisanale. Elle détient une maîtrise en arts visuels à l’Université du Québec à Chicoutimi où elle a questionné l’objet du livre et ses caractéristiques formelles comme matérialisation de la pensée. Elle présentait en octobre 2007 Campagne de salissage, sa première exposition solo au centre d’artistes Espace Virtuel à Chicoutimi. Le langage du livre ainsi que celui de la science se transforme en code, en système compréhensible par tout un chacun, glissant vers un mouvement subjectif. Elle utilise la répétition pour détourner le sens, le retourner sur lui-même et produire des séries de série, des petites installations proches de l’absurde. C’est à travers cette exploration que prend forme une répétition de l’objet, les oeuvres devenant ainsi des installations livresques.

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Marie-Hélène Leblanc

I have the desire to inhabit. In my sense, to inhabit means to be in relation to, to feel connected to a space in relation to other occupants. It is also to constantly question our position, and this reveals our way of being in the world. My interest in architectural structures obviously comes from this desire to inhabit and reflect on inhabiting. In this sense, Heidegger defines it well: "Building is, in its soul, to make inhabit. Realizing the soul of building is to edify places by assembling their spaces. It is only when we are able to inhabit that we may build." I have the feeling that to inhabit we must also know how to leave, living nomadically to feel at home after experiencing a somewhere else. Living in the transitory, in the state of permanent construction site, interrupted - or, rather, in waiting. Inhabiting is more to situate oneself without settling in. Changing territory. My work takes form in installations and books.

Marie-Hélène Leblanc lives and works in Gatineau. She is interested in architecture, temporary habitations, in proximity and distance. She holds a master's degree in art from the Université du Québec à Chicoutimi. She is currently artistic director of Daïmôn, a production artist-run centre in media art and photography. She has been curator of and/or artist in ten exhibitions in Quebec and France. Her most recent projects were presented at Toqué Rouge (Jouquière) in 2007, at Galerie Séquence (Chicoutimi) in 2005, at Oeuvre de l’Autre (Chicoutimi) in 2005, and at Galerie Adeas (Strasbourg, France) en 2004.


Ève Breton Roy

My work takes the form through the book as object: the book object as living organism, as unit of comprehension. I use its mechanisms and functions: strata, superimposition, relationship between container and content. I try to redefine what surrounds us, to include the subject in definition through the book object, which is the ideal motive force as it reaches a large number of people thanks to mass production but maintains an intimate and personal relationship with each individual because of the need to handle it. By exploring its form, I attempt to define certain concepts, thus transforming the book into these concepts, which the viewer may appropriate by reading it.

Eve Breton Roy lives and works in Anse-Saint-Jean, where she is director of Terrain vague inc., which is both a publisher of artist's books and a workshop for handmade bindings. She holds a master's degree in art from the Université du Québec à Chicoutimi, in which she investigates the book as object and its formal characteristics as a materialization of thought. In October 2007, she presented Campagne de salissage, her first solo exhibition, at the Espace Virtuel artist-run centre in Chicoutimi. The languages of the book and of science are transformed into a code, a system comprehensible to everyone, sliding toward a subjective motion. She uses repetition to divert meaning, turn it in on itself, and produce series of series, small installations that approach the absurd. It is through this exploration that a repetition of the object takes shape, the works thus becoming book-like installations.

mercredi 21 janvier 2009

Bruno Santerre


Bruno Santerre
Artiste en résidence * Artist in Residence

Au cours des dernières années, ma pratique artistique s'est articulée principalement autour d'un questionnement sur la perception du visible et sur les limites des procédés de représentation de l’art et de la science. Les pièces produites au cours de cette période étaient présentées sous forme d’installations qui rappelaient le Studiolo de la Renaissance et, simultanément, l’atelier d’artiste. De l'atelier-studiolo, je suis passé à l'atelier-observatoire, lieu d’observation et d'expérimentation des états transitoires du réel. J’y combine objets, dessins muraux, reflets lumineux et photographies. Mes travaux sont inspirés par certains modèles de représentation astronomiques ainsi que par des tentatives de représentation des nuages expérimentées en dessin et en photographie.

Plus récemment, mon intérêt pour l’atelier m’a amené à considérer ce lieu comme une chambre de vision (ou camera lucida) où la lumière pénètre par les fenêtres et révèle les objets par leurs reflets projetés au mur. Aussi, les composantes physiques de l’atelier lui-même (puits de lumière, fenêtres et murs) s’imposent comme des données de plus en plus importantes dans mes recherches plastiques. Cet espace de travail, fixe ou en déplacement, devient lui-même un objet sous l’influence des effets de la lumière, dépendant qu’il est des phénomènes qui l’entourent (l’intensité ou la qualité de la lumière, le passage des nuages...). J’en suis donc maintenant arrivé à créer des lieux où l’objet et le signe se fondent un dans l’autre, où l’intérieur et l’extérieur se mélangent par transparence, où l’atelier et la salle d’exposition se superposent, tous liés entre eux par la lumière qui les traverse.

Bruno Santerre vit et travaille à Rimouski (Québec). Parmi ses expositions individuelles récentes, notons Dans la lumière de l’atelier (nuages et ombres blanches), chez Circa, Montréal (2007), Dans la lumière de l’atelier, tracer le rebord des nuages, chez Plein sud, Longueuil (2006), Dans l'atelier de Palomar, chez Occurrence, Montréal (2004), Voir, savoir et croire, (avec Laurie Walker) au Musée régional de Rimouski (1997). Depuis 1982, il a participé à de nombreuses expositions collectives notamment, en France, à la Galerie Calibre 33 et à la Villa Arson (Nice), à la Librairie du Québec (Paris), à l'Université de Metz, à l'École des Beaux-Arts de Nancy et, au Canada, à la Galerie Sans Nom (Moncton), à la Pitt International Gallery (Vancouver), au Musée national des Beaux-arts du Québec, au Musée d'art de Joliette, au Musée régional de Rimouski, à la Galerie Trois Points, chez Skol et Circa (Montréal). Il a été reçu comme artiste en résidence à la Villa Arson, Nice (France) et au Centro internazionale di sperimentationi artistiche à Boissano (Italie). Ses œuvres ont accompagné des recueils de poésie de Paul Chanel Malenfant et d’André Gervais aux Éditions du Noroît et il a réalisé un livre d'artiste avec André Gervais, publié aux Éditions Roselin. Récipiendaire en 2008 du Prix à la création artistique (région Bas-Saint-Laurent) du Conseil des arts et des lettres du Québec, Bruno Santerre a réalisé plusieurs œuvres d'intégration à l'architecture au Québec. Il a participé à la Biennale nationale de sculpture contemporaine à Trois-Rivières (2004) et au Symposium international d'art in situ Lumières, réflexion de l'insondable, au Musée régional de Rimouski (2003). Ses œuvres font partie de plusieurs collections publiques et privées au Canada.

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Bruno Santerre

In recent years, my main artistic focus has been an exploration of the perception of the visible and the borders between representative processes in art and science. The pieces produced during this period were presented as installations that were reminiscent of the Renaissance Studiolo and, simultaneously, the artist's studio. From the studio-studiolo, I moved on to the studio-observatory, site of observation of and experimentation with transitory states of reality. In this body of work, I combine objects, drawings, murals, light reflections, and photographs. My works are inspired by certain models of astronomical representation and by experiments with portraying clouds in drawing and photography.

Bruno Santerre lives and works in Rimouski, Quebec. Among his recent solo exhibitions are Dans la lumière de l'atelier (nuages et ombres blanches), at Circa, Montreal (2007), Dans la lumière de l'atelier, tracer le rebord des nuages, at Plein sud, Longueuil (2006); Dans l'atelier de Palomar, at Occurrence, Montréal (2004); and Voir, savoir et croire (with Laurie Walker), at the Musée régional de Rimouski (1997). Since 1982, Santerre has had works in numerous group exhibitions in France and Canada, and he has been artist in residence at Villa Arson in Nice, France, and at the Centro internazionale di sperimentationi artistiche in Boissano, Italy. Santerre received the 2008 Prix à la création artistique (Bas-Saint-Laurent region) from the Conseil des arts et des lettres du Québec. He has produced a number of pieces integrated with architecture in Quebec, and his works are in a number of public and private collections in Canada.

mardi 13 janvier 2009

Judith Bellavance


Judith Bellavance
Artiste en résidence * Artist in Residence

Le parti pris du point de vue

« À partir d’objets investis, sublimés et magnifiés par la photographie, je crée une distance entre le réel et ce que l’on en perçoit, puis j’utilise cet espace interstitiel pour générer des univers émotionnels me permettant d’aborder la subjectivité des points de vue. »

Depuis une vingtaine d’années, je pratique une peinture que nous pourrions qualifier d’abstraite (acrylique sur bois). En parallèle à ma pratique picturale, j’ai développé, une pratique photographique qui me permet d’aborder autrement la fascination qu’exercent sur moi les objets et le plaisir de les détourner de leur sens. Avec les possibilités que m’offrent le médium photographique et l’impression numérique de grand format dans mon processus de recherche, je peux insister sur les moyens de manipuler et de privilégier des points de vue sur ces objets pour en faire le sujet de l’œuvre.

Je collectionne les objets, des « objets-matériaux » (bouchons, noyaux, mousses, découpures, icônes, breloques, etc.). Marqués, maculés, altérés, ils constituent mon territoire de recherches photographiques. Peu encline à compromettre leur nature déjà chargée d’histoire et de qualités visuelles, je préfère les appréhender comme des artefacts inaltérables : je me les approprie tels qu’ils sont, fascinée par leur singularité et le pouvoir évocateur que chacun d’eux possède.

Dans la pratique, je multiplie les prises de vue en atelier jusqu’à ce que j’obtienne une exacerbation significative de leur nature et du sens dont je veux les charger : celui d’appeler et de contenir nos émotions réelles ou fictives. Utilisés comme métaphores des conjonctures intérieures, comme lieux d’investigation de l’intime, je détourne mes “objets-matériaux” de leur contexte narratif par mon système de prise de vue macroscopique, par l’usage de l’extrême proximité et de la distance intime.

Et en modifiant la luminosité, en éliminant le relief et la texture au moyen du flou - du hors foyer - je cherche à créer une distance entre le réel et sa perception pour mettre en scène une expérience particulière de l’intime. Ces éléments collectionnés, et a priori sans valeur, prennent ainsi toute leur importance pour moi: ils se révèlent “autres” dans leurs apparences sublimées, ils deviennent le lieu de l’émotion me permettant de faire de la subjectivité du point de vue, le sujet de l’œuvre.

Investis, sublimés, magnifiés, mes «objets-matériaux» sont transformés ainsi en éventuelles « reliques ».

Née à Rimouski, Judith Bellavance vit et travaille à Montréal depuis 1989. Elle a fait des études à l’Université Laval à Québec et à l’Université du Québec à Montréal. Boursière du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada, ses oeuvres ont été présentées au Québec, au Portugal, en Espagne et au Japon. Elles font partie de diverses collections.

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Judith Bellavance

Taking the side of the point of view

"Starting from objects that are invested, sublimated, and magnified by photography, I create a distance between the real and what we perceive of it, then I use this interstitial space to generate emotional worlds that enable me to address the subjectivity of points of view."

For some twenty years, my painting practice has been what one could call abstract (acrylic on wood). In parallel, I have developed a photographic practice that enables me to take a different approach to the fascination that I have with objects and the pleasure of diverting them from their meaning. With the possibilities offered by the photographic medium and large-format digital printing in my research process, I can emphasize the means of manipulating and highlighting the points of view of these objects to make them the subject of the work.

I collect objects: "object-materials" (corks, seeds, mosses, cut-outs, icons, bracelet charms, etc.). Marked, stained, altered, they constitute my territory for photographic research. I am not inclined to compromise their nature, already full of history and visual qualities, so I prefer to apprehend them as unalterable artefacts: fascinated by their uniqueness and the evocative power that each possesses, I appropriate them as they are.

In practice, I take many pictures in the studio until I obtain a significant exacerbation of their nature and of the meaning with which I want to endow them: that of calling upon and containing our real or fictive emotions. Using my "object-materials" as metaphors for inner situations, as sites of investigation of the private, I divert them from their narrative context by my system of macroscopic pictures, through the use of extreme proximity and intimate distance.

By modifying their luminosity and eliminating relief and texture through blurring - out of focus - I seek to create a distance between reality and its perception to feature a particular experience of the intimate. These collected components, which have no value a priori, thus become important to me; they reveal themselves as "other" in their sublimated appearance, they become the site of the emotion that enables me to make the point of view subjective, the subject of the work.

Invested, sublimated, magnified, my "object-materials" are thus transformed into future "relics."

Judith Bellavance, born in Rimouski, has lived and worked in Montreal since 1989. She studied at Université Laval in Quebec City and at the Université du Québec à Montréal. Her works have been presented in Quebec, Portugal, Spain, and Japan, and are in various collections.